À propos
Comprendre les adolescents autrement.
Je suis Marie-Philippe Rodrigue, orthophoniste spécialisée auprès des adolescents. J’aide les jeunes et les adultes qui les accompagnent à mieux comprendre ce qui se cache derrière certaines difficultés de langage ou d’apprentissage. Parce qu’avant de chercher à corriger, je crois qu’il faut prendre le temps d’écouter, d’observer et de considérer ce qui pourrait nous avoir échappé.

Entre les mots, la psychologie et l’enseignement
L’orthophonie s’est rapidement imposée comme une évidence dans mon parcours.
Plus jeune, j’hésitais entre deux avenues : devenir psychologue ou enseigner le français au secondaire.
Puis, j’ai découvert l’orthophonie.
J’y ai retrouvé tout ce qui m’intéressait : le langage, le français, la cognition, la psychologie et la possibilité d’enseigner autrement. Je terminais alors mon baccalauréat en psychologie et je devais choisir entre poursuivre au doctorat ou entreprendre une maîtrise en orthophonie.
J’ai choisi l’orthophonie. Je ne l’ai jamais regretté depuis.

Pourquoi les ados?
Parce qu’ils ont encore beaucoup à découvrir — mais déjà beaucoup à nous apprendre.
Au départ, je pensais travailler auprès des tout-petits. Mes stages m’ont plutôt fait découvrir à quel point j’aimais accompagner les jeunes d’âge scolaire, particulièrement les plus grands et les adolescents.
Avec eux, je peux aller plus loin que les objectifs travaillés pendant une rencontre. Je peux leur expliquer leur fonctionnement, discuter avec eux, écouter leurs idées et réfléchir à leurs besoins. Je peux les voir prendre progressivement leur place dans leur propre démarche.
J’aime les entendre revenir avec une observation, une suggestion ou une envie de travailler sur quelque chose qui compte pour eux.
Cette clientèle exige aussi beaucoup de transparence et de souplesse. Une stratégie peut fonctionner un jour et moins bien le suivant. Une observation peut toucher une corde plus sensible que prévu. Les émotions, la motivation et le désir d’autonomie font partie de la rencontre.
Les adolescents veulent devenir plus autonomes. Mais lorsqu’ils vivent des difficultés d’apprentissage ou de langage, ils ne possèdent pas toujours encore toutes les clés pour l’être.
Je consacre une grande partie de mon travail aux adolescents parce que leurs difficultés deviennent souvent plus discrètes au moment même où les attentes envers eux augmentent. C’est précisément à cette étape qu’ils risquent d’être jugés sur leur effort, leur motivation ou leur attitude, alors qu’une partie de ce qu’ils vivent demeure encore incomprise.
Mon rôle est de les aider à mieux comprendre leur fonctionnement et à construire ces clés avec eux en m'appuyant sur les bases du langage.
Comprendre avant de corriger
Le langage, c’est beaucoup plus que mettre des mots les uns à la suite des autres.
Je crois qu’un adolescent mérite d’être compris avant d’être jugé sur son effort, sa motivation ou son attitude.
Il nous permet de comprendre les nuances, d’organiser notre pensée, d’apprendre, de raconter, de raisonner, de poser des questions et d’exprimer ce que nous savons.
Lorsqu’on saisit toute cette richesse, on ne regarde plus les apprentissages ni la communication avec les adolescents de la même façon.
Pour moi, comprendre avant de corriger, c’est accepter de mettre temporairement de côté nos premières impressions.
Ce n’est pas excuser toutes les difficultés ni retirer les attentes. C’est s’assurer que notre intervention repose sur ce qui se passe réellement — et non uniquement sur ce que nous croyons observer.
C’est écouter et observer. C’est considérer un autre angle. C’est reconnaître que ce qui ressemble à un manque d’effort, de motivation ou d’implication peut cacher une difficulté que nous n’avions pas encore comprise.
C’est aussi accepter que notre première interprétation n’était peut-être pas la bonne.
Quand un jeune est mal compris, l’impuissance se ressent de tous les côtés : chez lui, chez ses parents et chez les adultes qui essaient de l’aider.
Une meilleure compréhension ne règle pas tout. Mais elle permet souvent de poser de meilleures questions et de trouver des solutions plus justes.

Une approche qui s’adapte à la personne
Écouter. Observer. Explorer. Ajuster.
J’arrive toujours à une rencontre avec des idées, mais pas nécessairement avec un scénario clairement établi.
Si une stratégie ne convient pas, je la mets de côté et j’en essaie une autre. Si un jeune arrive avec une préoccupation différente, nous cherchons comment la relier à ses objectifs. Je prends le temps d’observer ce qui fonctionne, ce qui bloque et ce qui mérite d’être abordé autrement.
Mon expérience me permet de m’adapter rapidement, mais je ne prétends pas avoir toutes les réponses. Je crois à la science et à la rigueur clinique. Je crois aussi qu’entre la théorie et la réalité, il faut parfois faire preuve de créativité.
Je veux que les jeunes et les familles se sentent à l’aise, en confiance et libres de dire lorsqu’une approche ne leur convient pas.
« C’était moins plate que je pensais. »
— Le genre de phrase qui me confirme que nous avons déjà franchi une étape importante.Le plaisir crée de la motivation. La confiance permet d’explorer. Et les meilleurs apprentissages sont ceux qui continuent à vivre en dehors de nos rencontres.
Chacun possède une partie du portrait
La réussite repose sur l’adolescent, mais il n’a pas à avancer seul.
L’adolescent demeure le principal acteur de sa démarche. Mais il n’a pas encore toutes les réponses — et il ne devrait pas avoir à porter seul la responsabilité de sa réussite.
Les parents apportent un regard différent. L’école et les autres professionnels en apportent un autre. De mon côté, je peux aider chacun à mieux comprendre ce qu’il observe.
Je suis moi-même mère de deux filles et belle-mère de deux autres. Même avec une formation professionnelle, je sais que nous ne portons pas la même lunette lorsqu’il s’agit de notre propre enfant.
C’est pourquoi la collaboration signifie pour moi beaucoup plus que transmettre un résumé par courriel. Je veux que les parents puissent poser leurs questions, comprendre ce qui se passe et se sentir réellement impliqués, sans avoir à devenir les intervenants de leur jeune.
La réussite repose sur l’adolescent, mais plusieurs personnes peuvent l’aider à construire les conditions dont il a besoin pour avancer.
Pourquoi « Bruit de fond »?
Parce que le langage est partout — au point qu’on finit parfois par ne plus le remarquer.
L’idée du podcast est née à force d’entendre des parents et des enseignants me dire :
Mais comment poser la bonne question lorsqu’on ne sait pas précisément ce qu’on n’a pas compris?
J’ai constaté qu’il existait beaucoup de ressources sur le langage chez les jeunes enfants, mais beaucoup moins sur ses manifestations plus subtiles à l’adolescence.
J’ai alors eu envie d’expliquer ce que j’observais et d’allumer une petite lumière chez le plus grand nombre de personnes possible.
Je ne pourrai pas accompagner individuellement chaque adolescent ni discuter avec chaque adulte qui le côtoie. Mais je peux contribuer à changer la conversation, une explication, un épisode et une conférence à la fois.
Le langage est comme un bruit de fond. Il influence les apprentissages, les relations, les émotions et l’organisation de la pensée. Il est toujours présent, mais nous cessons parfois de l’entendre.
Mon travail, à travers le podcast, les conférences et l’orthophonie, consiste à le ramener à l’avant-plan — pour que nous puissions mieux comprendre avant de conclure.
Ces trois volets se nourrissent mutuellement. Ma pratique clinique fait émerger des questions et des sujets. La préparation du podcast et des conférences m’amène à approfondir la recherche et à vulgariser les connaissances. Ces nouvelles réflexions retournent ensuite dans ma pratique et mes échanges avec les familles et les équipes.
Alors, continuons à écouter ce qui passe inaperçu
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